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Leçon offerteModule 02 · Leçon 02.029 min

L'arbitraire du signe

Parcours 148 : Linguistique générale : décrire le langage et les langues du monde · Fondamentaux

Objectif de la leçon

Expliquer pourquoi le lien entre signifiant et signifié est arbitraire, et discuter les cas des onomatopées et des mots motivés.

La leçon, diapositive par diapositive

Diapositive 1 sur 8

Objectif de la leçon

  • Comprendre le principe de l'arbitraire
  • Discuter les onomatopées et les mots composés
  • Voir ce que l'arbitraire n'est pas
Voix off

Pourquoi un arbre s'appelle-t-il arbre ? Il n'y a pas de bonne réponse, et c'est justement ce que dit le principe de l'arbitraire du signe, que Saussure place au premier rang. Dans cette leçon, tu vas voir ce que veut dire arbitraire en linguistique, comment le prouver, et quelles sont les limites du principe : les onomatopées, les mots formés à partir d'autres mots, et les signes des langues des signes, qui ressemblent parfois à ce qu'ils désignent. Tu verras aussi que arbitraire ne veut pas dire que chacun peut faire ce qu'il veut.

Diapositive 2 sur 8

Pas de lien naturel

  • Les sons de « arbre » ne ressemblent pas à un arbre
  • Le lien vient d'une convention
  • On l'apprend, on ne le devine pas
Voix off

Arbitraire veut dire ici sans lien naturel. Rien dans la suite de sons a, r, b, r, e ne ressemble à un arbre : ni sa hauteur, ni ses feuilles, ni son ombre. Le lien entre ce signifiant et ce signifié vient d'une convention, que les francophones ont reçue de leurs parents, qui l'avaient reçue des leurs. C'est pour cela qu'un étranger ne peut pas deviner le sens d'un mot qu'il entend pour la première fois. Si tu entends le mot swahili mti sans le connaître, aucun son ne te dit qu'il s'agit d'un arbre. Il faut qu'on te l'apprenne.

Diapositive 3 sur 8

La preuve par la diversité

  • Un même concept, des formes très différentes
  • Eau : water, mā', ndox, mai, dlo
  • Si le lien était naturel, les mots se ressembleraient
Voix off

La meilleure preuve de l'arbitraire, c'est la diversité des langues. Prends le concept d'eau. En anglais, water. En arabe, mā'. En wolof, ndox. En lingala, mai. En créole haïtien, dlo. Si le lien entre le son et le sens était naturel, ces mots se ressembleraient, comme se ressemblent les cris de douleur dans le monde entier. Or ils sont complètement différents. Remarque au passage le créole dlo : il vient de l'expression française de l'eau, prononcée d'un bloc. Cette histoire explique d'où vient le mot créole, mais elle n'explique pas pourquoi le français avait choisi eau au départ.

Diapositive 4 sur 8

Et les onomatopées ?

  • Elles imitent un bruit
  • Le coq : cocorico, cock-a-doodle-doo, kikeriki
  • Même l'imitation passe par les sons de chaque langue
Voix off

On objecte souvent les onomatopées : des mots qui imitent un bruit, comme tic-tac ou cocorico. Là, le lien semble naturel. C'est en partie vrai. Mais écoute le chant du coq : cocorico en français, cock-a-doodle-doo en anglais, kikeriki en allemand. Le coq chante à peu près pareil partout, et pourtant chaque langue l'imite avec ses propres sons et ses propres habitudes. L'onomatopée est donc une imitation filtrée par la langue, en partie conventionnelle. Et elle reste rare : la grande majorité des mots d'une langue n'imite rien du tout. Saussure en concluait que les onomatopées ne remettent pas en cause le principe.

Diapositive 5 sur 8

L'arbitraire relatif

  • « Dix-neuf » s'explique par « dix » et « neuf »
  • « Poirier » s'explique par « poire »
  • Créole « pyebwa » : pye, pied, et bwa, bois
Voix off

Saussure distingue aussi l'arbitraire absolu et l'arbitraire relatif. Le mot vingt est complètement arbitraire. Le mot dix-neuf, lui, s'explique en partie : il est formé de dix et de neuf, et tu peux deviner son sens si tu connais ces deux mots. De même, poirier se comprend à partir de poire, et le créole pyebwa, l'arbre, se comprend à partir de pye et de bwa, pied de bois. On dit que ces mots sont relativement motivés. Mais leurs éléments de base, dix, neuf, poire, bois, restent eux-mêmes arbitraires. La motivation ne fait que déplacer l'arbitraire d'un cran.

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Arbitraire, mais pas libre

  • Le locuteur ne choisit pas le signe
  • La communauté ne le change que lentement
  • Arbitraire et obligatoire à la fois
Voix off

Attention à un contresens fréquent. Arbitraire ne veut pas dire que chacun peut choisir ses mots comme il veut. Pour un locuteur donné, le signe est au contraire imposé : il le reçoit de sa communauté et ne peut pas le changer seul. Si tu décides d'appeler l'eau du nom de ton choix, tu ne seras pas compris. La communauté elle-même ne change ses signes que lentement, au fil des générations. Le signe est donc à la fois arbitraire, parce que rien ne le justifie dans la nature, et obligatoire, parce que la convention s'impose à chacun. Saussure parle de l'immutabilité du signe à court terme, et de sa mutabilité sur le long terme.

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Dans les langues des signes

  • Certains signes rappellent ce qu'ils désignent
  • Chaque langue des signes choisit ses propres images
  • Le signe reste une convention à apprendre
Voix off

Les langues des signes posent une question intéressante. Beaucoup de signes y sont iconiques : leur forme rappelle quelque chose de ce qu'ils désignent, comme un geste qui évoque la forme d'un toit pour dire maison. Est-ce la fin de l'arbitraire ? Pas vraiment. D'abord, l'iconicité existe aussi dans les langues orales, avec les onomatopées. Ensuite, chaque langue des signes choisit sa propre image : deux langues des signes peuvent représenter le même concept par des traits différents de l'objet. Une personne qui ne connaît pas la langue devine rarement le sens d'un signe. L'iconicité aide la mémoire, mais la convention reste nécessaire.

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À retenir

  • Arbitraire : sans lien naturel
  • Les onomatopées sont en partie conventionnelles
  • Certains mots sont relativement motivés
  • Arbitraire ne veut pas dire libre
Voix off

Retiens ceci. Le lien entre signifiant et signifié est arbitraire : rien dans les sons ne ressemble à ce qu'ils désignent, et la diversité des langues le prouve. Les onomatopées imitent en partie, mais chaque langue les filtre avec ses sons. Certains mots sont relativement motivés, comme dix-neuf ou poirier, mais leurs éléments restent arbitraires. Et le signe est imposé au locuteur : arbitraire et obligatoire à la fois. Exercice : relève dans deux langues que tu connais le cri du chien, du chat et du coq, le bruit d'une porte qui claque et celui d'une chute. Prochaine leçon : la double articulation.

À retenir

  • Rien dans les sons d'un mot ne ressemble à ce qu'il désigne : le lien est arbitraire.
  • Les onomatopées imitent en partie, mais elles varient selon les langues.
  • Arbitraire ne veut pas dire libre : le locuteur ne peut pas changer seul la convention.

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