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Leçon offerteModule 01 · Leçon 01.039 min

Langue, dialecte, patois : des mots piégés

Parcours 148 : Linguistique générale : décrire le langage et les langues du monde · Fondamentaux

Objectif de la leçon

Expliquer pourquoi la frontière entre langue et dialecte est souvent sociale et politique, et employer le terme neutre de variété.

La leçon, diapositive par diapositive

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Objectif de la leçon

  • Comprendre les sens du mot dialecte
  • Voir les limites du critère d'intercompréhension
  • Utiliser le mot variété
Voix off

Tu as sûrement déjà entendu des phrases comme « ce n'est pas une langue, c'est un dialecte » ou « chez nous, on parle patois ». Ces mots semblent décrire la réalité, mais ils portent souvent un jugement. Dans cette leçon, tu vas voir ce que les linguistes entendent par dialecte, pourquoi il est si difficile de tracer une frontière nette entre une langue et une autre, et pourquoi le statut d'une langue dépend surtout de l'histoire et de la politique. Tu apprendras aussi un mot plus neutre, que les linguistes préfèrent : la variété.

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Ce que les gens appellent dialecte

  • Sens courant : une langue jugée inférieure
  • Sens linguistique : une variété régionale
  • Le français de Québec, de Paris ou de Dakar sont des variétés
Voix off

Dans l'usage courant, dialecte veut souvent dire petite langue locale, jugée de moindre valeur. C'est ce sens qui pose problème. Pour le linguiste, un dialecte est simplement une variété régionale d'une langue. Le français parlé à Québec, celui de Paris et celui de Dakar sont des dialectes, ou mieux des variétés du français : chacun a sa prononciation, quelques mots propres, parfois des tournures différentes, et pourtant leurs locuteurs se comprennent. Dans ce sens technique, tout le monde parle un dialecte, y compris le présentateur du journal télévisé. Personne ne parle la langue sans accent.

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Le critère de l'intercompréhension

  • Deux personnes se comprennent : même langue ?
  • Elles ne se comprennent pas : deux langues ?
  • Un critère utile, mais pas suffisant
Voix off

Un critère semble simple : si deux personnes se comprennent sans effort en parlant chacune sa variété, elles parlent la même langue. Si elles ne se comprennent pas, ce sont deux langues. Ce critère est utile, et les linguistes l'emploient. Mais il a des limites. L'intercompréhension n'est pas tout ou rien : on peut comprendre l'essentiel d'une conversation et rater les détails. Elle n'est pas toujours symétrique : l'un comprend mieux l'autre que l'inverse. Et elle dépend de l'habitude : on comprend mieux une variété qu'on entend souvent, à la radio ou au marché.

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Le continuum mandingue

  • Bambara au Mali, maninka en Guinée, dioula en Côte d'Ivoire
  • De proche en proche, on se comprend largement
  • Où s'arrête une langue, où commence l'autre ?
Voix off

Prends l'ensemble mandingue. On parle bambara à Bamako, maninka à Kankan et à Siguiri, dioula à Bobo-Dioulasso et dans une grande partie de la Côte d'Ivoire. Les locuteurs de ces variétés se comprennent largement, surtout s'ils ont l'habitude de voyager ou de commercer ensemble. Pourtant, chaque pays leur donne un nom différent, et chacune a ses particularités. Faut-il parler d'une seule langue mandingue avec plusieurs dialectes, ou de plusieurs langues proches ? Les spécialistes eux-mêmes en discutent. C'est ce qu'on appelle un continuum : des variétés qui se fondent de proche en proche, sans frontière nette.

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Le poids du politique

  • « Une langue est un dialecte qui a une armée »
  • Norvégiens et Suédois se comprennent largement
  • Un État, une écriture, des écoles font une langue aux yeux du public
Voix off

Une formule célèbre, souvent attribuée au linguiste Max Weinreich, dit qu'une langue est un dialecte qui a une armée et une marine. C'est une boutade, mais elle dit une chose vraie. Le norvégien et le suédois sont considérés comme deux langues, alors que leurs locuteurs se comprennent largement. À l'inverse, des variétés de l'arabe très éloignées, celle de Casablanca et celle de Bagdad par exemple, sont regroupées sous le nom d'arabe. Ce qui fait une langue aux yeux du public, c'est souvent un État, une écriture, des écoles, des dictionnaires. Ce sont des faits sociaux, pas des faits de structure.

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Patois, un mot à éviter

  • En France, il a servi à dévaloriser les langues régionales
  • Ailleurs, on l'entend parfois pour parler des langues africaines
  • Préfère : langue, variété, parler
Voix off

Le mot patois a une histoire lourde. En France, il a longtemps servi à désigner les langues régionales, comme le breton ou l'occitan, et les variétés rurales, pour les présenter comme du mauvais français ou des parlers sans valeur. Dans plusieurs pays d'Afrique, on l'entend parfois pour parler des langues nationales, avec le même mépris. Le linguiste l'évite, ou l'emploie entre guillemets quand il cite ce que disent les gens. Il préfère des mots neutres : langue, variété, parler. Le mot variété est très pratique, car il ne tranche pas la question langue ou dialecte : il désigne simplement une façon de parler propre à un groupe.

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Le cas des créoles

  • Nés du contact entre langues, souvent dans l'esclavage
  • Une grammaire propre : « liv la », « liv yo », « mwen te manje »
  • En Haïti, le créole est langue officielle avec le français
Voix off

Les créoles sont souvent la cible du même mépris. Le créole haïtien, par exemple, est né du contact entre le français et des langues africaines, dans la société esclavagiste de Saint-Domingue. Une grande partie de ses mots vient du français, mais sa grammaire est la sienne. On dit « liv la », le livre, et « liv yo », les livres, avec l'article après le nom. On dit « mwen te manje », j'ai mangé, avec une petite marque de temps devant le verbe. C'est une langue complète. La Constitution haïtienne de 1987 dit que tous les Haïtiens sont unis par une langue commune, le créole, et en fait une langue officielle, avec le français.

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À retenir

  • Un dialecte est une variété, pas une sous-langue
  • Les frontières entre langues sont souvent floues
  • Le statut d'une langue est un fait social et politique
Voix off

Retiens ceci. Pour le linguiste, un dialecte est une variété d'une langue, pas une langue inférieure, et tout le monde parle une variété. L'intercompréhension aide à tracer les frontières, mais elle forme souvent un continuum, comme dans l'ensemble mandingue. Et le statut d'une langue, officielle, nationale ou sans reconnaissance, dépend de l'histoire et de la politique, pas de la valeur de sa grammaire. Le mot variété te permet de décrire sans juger. Prochaine leçon : les idées reçues les plus répandues sur les langues, et comment y répondre avec des arguments.

À retenir

  • Pour le linguiste, un dialecte est une variété régionale d'une langue, pas une langue inférieure.
  • L'intercompréhension aide à tracer les frontières, mais elle forme souvent un continuum.
  • Le statut d'une langue dépend largement de l'histoire et de la politique, pas de sa structure.

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