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Leçon offerteModule 02 · Leçon 02.016 min

Shannon et Weaver : le schéma de la transmission

Parcours 130 : Théories de la communication : histoire, modèles et effets des médias · Fondamentaux

Objectif de la leçon

Décrire le schéma de Shannon et Weaver, comprendre la notion de bruit, et savoir ce que ce modèle explique et ce qu'il laisse de côté.

La leçon, diapositive par diapositive

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Objectif de la leçon

  • Le premier grand schéma de la communication
  • Ses éléments et la notion de bruit
  • Ce qu'il explique, et ce qu'il laisse de côté
Voix off

Kadiatou anime une émission sur une radio communautaire de Kankan, en Guinée. Elle annonce au micro que la campagne de vaccination commence le 6. Dans un village éloigné, la réception grésille, et un auditeur comprend le 16. Que s'est-il passé, exactement ? Pour répondre à ce genre de question, des ingénieurs ont dessiné un schéma qu'on trouve aujourd'hui dans presque tous les manuels de communication : celui de Shannon et Weaver. Il ouvre ce module 2, consacré aux schémas qui ont essayé de décrire la communication. Tu vas voir ses éléments, puis la notion de bruit, qui explique pourquoi un message se perd en route. Tu verras aussi pourquoi ce schéma, très utile, ne suffit pas pour comprendre des êtres humains.

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Un problème d'ingénieur

  • 1948 : Claude Shannon, ingénieur en télécommunications
  • Faire arriver un message intact, malgré les parasites
  • 1949 : un livre avec Warren Weaver
Voix off

En 1948, Claude Shannon, ingénieur et mathématicien employé par le laboratoire de recherche d'une grande compagnie téléphonique américaine, publie un long article sur la théorie mathématique de la communication. Il y pose ce qu'il appelle le problème fondamental de la communication : « reproduire en un point, exactement ou approximativement, un message choisi en un autre point ». Derrière la formule, il y a un souci très concret à l'époque : le téléphone, le télégraphe et la radio perdent une partie de ce qu'ils transportent. L'année suivante, l'article est repris dans un livre, accompagné d'un texte de Warren Weaver qui étend ces idées à la communication entre les personnes. C'est par ce détour qu'un schéma d'ingénieur est entré dans les sciences de la communication.

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Le schéma

  • Une source d'information choisit un message
  • Un émetteur le transforme en signal
  • Le signal passe par un canal, où agit une source de bruit
  • Un récepteur reconstruit le message pour sa destination
Voix off

Reprends l'annonce de Kadiatou, et suis le message de bout en bout. La source d'information, c'est Kadiatou elle-même : c'est elle qui choisit ce qu'elle va dire. L'émetteur, c'est la chaîne qui va de son micro à l'antenne de la station : elle change sa voix en ondes. Le canal, c'est l'espace que ces ondes traversent jusqu'au village. Le récepteur, c'est le poste posé sur la table d'un auditeur : avec les ondes, il refait du son. La destination, c'est l'auditeur, la personne à qui l'annonce était adressée. Sur le trajet, des sources de bruit s'en mêlent : un orage, une autre station qui émet sur une fréquence voisine. Si l'auditeur entend « le 16 » au lieu de « le 6 », le bruit l'a emporté. Tout le travail de l'ingénieur consiste à limiter ces pertes.

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Le sens mis de côté

  • Pour Shannon, le sens n'est pas le problème de l'ingénieur
  • Ce qui compte : reproduire fidèlement le signal
  • Weaver étend le schéma aux échanges humains
Voix off

Un point surprend souvent les étudiants. Dès l'introduction de son article, Shannon écrit que la signification des messages ne concerne pas l'ingénieur. Pour lui, qu'on transmette un poème ou une liste de chiffres, le problème technique est le même : faire arriver le signal intact. C'est une force, car la théorie s'applique à tout. Mais c'est aussi une limite, dès qu'on l'utilise pour comprendre des personnes. Weaver propose d'ailleurs trois niveaux de problèmes : la transmission exacte des signes, la transmission du sens, et l'effet du message sur la conduite de celui qui le reçoit.

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Le bruit, au sens large

  • Technique : réseau saturé, haut-parleur qui sature, affiche délavée
  • Sémantique : mot ambigu, jargon, mauvaise traduction
  • Psychologique : méfiance, préjugé, fatigue
  • Remèdes : redire autrement, simplifier, varier les canaux
Voix off

Les communicants ont repris le mot bruit en lui donnant un sens plus large. Il y a le bruit technique : un haut-parleur qui sature dans un stade, un SMS coupé en deux, une affiche délavée par la pluie. Le bruit sémantique : un sigle jamais expliqué, un terme de juriste, une traduction approximative. Le bruit psychologique : la méfiance envers celui qui parle, un préjugé, ou la lassitude d'un public qui reçoit cent messages par jour. Pour se protéger du bruit, Shannon s'appuie sur une idée qui paraît paradoxale : ajouter au message des éléments qui n'apportent rien de neuf, mais qui permettent de le reconstituer si une partie se perd. C'est la redondance. Tu la pratiques déjà quand tu écris un montant en chiffres et en lettres sur un chèque. En communication, elle se traduit par trois réflexes : redire autrement, simplifier, et passer par plusieurs canaux.

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Ce que le schéma explique

  • Pourquoi un message se perd en route
  • L'intérêt de répéter par plusieurs canaux
  • Le choix du canal selon la situation
Voix off

Ce schéma reste très utile pour diagnostiquer un échec. Une mairie de Ouagadougou annonce une campagne de nettoyage par un seul communiqué lu une fois à la radio, un jour de grand match. Le schéma te fait poser les bonnes questions. Le canal était-il le bon ? Le bruit de l'actualité n'a-t-il pas couvert le message ? Fallait-il répéter, sur d'autres canaux, comme l'affichage au marché ou les annonces dans les lieux de culte ? Le schéma t'apprend aussi qu'un message dit une seule fois a peu de chances d'arriver entier jusqu'à tout le monde.

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Ce qu'il laisse de côté

  • Le récepteur semble passif
  • Le sens est en fait construit par celui qui reçoit
  • Ni relation, ni contexte, ni réponse du public
Voix off

Appliqué aux humains, le schéma a des limites. Il présente le récepteur comme une machine qui reçoit ce qu'on lui envoie. Or une personne interprète, compare avec ce qu'elle sait, accepte ou refuse. Le schéma ne dit rien non plus de la relation entre les personnes, ni du contexte dans lequel le message arrive, ni de la réponse du public. Un message peut arriver parfaitement intact, sans aucun bruit, et être compris de travers ou rejeté. C'est pour cela que d'autres chercheurs ont proposé d'autres modèles. Tu vas en voir trois dans ce module.

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À retenir

  • Source, émetteur, canal, récepteur, destination, bruit
  • Un schéma d'ingénieur, qui met le sens de côté
  • Utile pour trouver où un message se perd
Voix off

Retiens les éléments du schéma : une source, un émetteur, un canal, un récepteur, une destination, et une source de bruit. Retiens aussi son origine : un problème d'ingénieur, qui met volontairement le sens de côté. Le schéma est précieux pour trouver où un message se perd et pour penser la répétition sur plusieurs canaux. Il ne suffit pas pour comprendre comment un public interprète un message. Prochaine leçon : cinq questions qui servent à analyser n'importe quel message.

À retenir

  • En 1948, Claude Shannon, ingénieur dans un grand laboratoire américain de télécommunications, décrit un système de communication : une source, un émetteur, un canal, un récepteur, une destination et une source de bruit.
  • Shannon met volontairement le sens de côté : son problème est de reproduire fidèlement un signal, pas de se faire comprendre.
  • Les communicants ont élargi la notion de bruit à tout ce qui dégrade un message : la technique, les mots ambigus, les préjugés, la saturation.

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